lundi 16 juin 2008

Kaadhal Konden (2003)

Petit film au budget serré, à la promotion relativement discrète, Kaadhal Konden fut un succès inattendu, essentiellement dû au bouche à oreille, lors de sa sortie en 2003. Il restera plus de 100 jours à l’affiche, ce qui n’est pas une mince affaire dans le marché mouvant du cinéma tamoul.

Vinodh a grandi dans un orphelinat, dans le dénuement le plus total, mais à l’abri du monde extérieur. Malgré le refus de l’adolescent, le chef de l’établissement, le père Rosario (Nagesh), inscrit Vinodh dans une école d’ingénieur de Chennai. Là il est confronté pour la première fois à la vie dans une grande ville et aux railleries de ses camarades. Une expérience à première vue normale mais qui lui est totalement étrangère. Mis à l’écart par tous, seule la belle Divya (Sonia Agarwal) semble lui prêter attention. Très vite Vinodh se met à éprouver pour elle des sentiments qu’il ignorait jusqu’alors. Mais ce qui semble débuter comme une romance classique tourne au chaos complet : haine, violence et amour se confondent alors dans une plongée étourdissante dans la folie confuse d’une passion mal maitrisée...

Dhanush, déja acteur dans Thulluvatho Ilamai le premier film de Selvaraghavan, n’est autre que le frère du réalisateur. C’est lui qui porte le film par sa performance, d’une incroyable sincérité. Il est tout aussi convaincant en jeune homme innocent, perdu dans un monde qu’il méconnaît, qu’en amoureux qui bascule dans l’inexcusable sous la violence de l’amour. L’histoire est également bien servie par une réalisation sobre et sans fioriture et une bande son agréable due à Yuvan Shankar Raja, également compositeur pour des musiques des autres films du réalisateur. La BO a d’ailleurs remporté un beau succès et attiré de nombreux spectateurs dans les salles. Bien que Selvaraghavan dise volontiers qu’il préférerait se passer de chansons dans ses films, les scènes musicales sont fort bien mises en images et s’intègrent naturellement à la narration.

Kaadhal Konden conte de manière directe une histoire simple et surprenante, même si elle n’est pas dépourvue de certaines invraisemblances. Mené avec efficacité et porté par des acteurs épatants, Kaadhal Konden est un film à part, à voir.
Une version en hindi, toujours avec Dhanush, réalisée par Selvaraghavan lui-même, a longtemps été en projet. Mais elle semble définitivement dormir dans un tiroir. Dommage car ce film demeure une véritable réussite qui révéla Dhanush au grand public.

Fiche technique
Année : 2003
Pays : Inde (Tamoul)
Réalisation & Scénario : K. Selvaraghavan
Interprètes : Dhanush (Vinod), Sonia Agarwal (Divya), Sudip (Aadi), Nagesh (Père Rosario)
Musique : Yuvan Shankar Raja
Support : DVD Tamilini, Format Anamorphic Widescreen, son Dolby Digital 5.1, sous-titres Anglais
Durée : 2h30

Desamudhuru (2007)

Le réalisateur Puri Jagannadh revient après son blockbuster Pokiri, qui avait réécrit tous les records pour un film telugu. Son nouveau film, Desamuduru, sorti pour Sankranthi 2007, a récolté également un énorme succès. Analysons quelque peu les éléments qui ont pu conduire un si mauvais film à plaire aux masses.

Disons-le franchement, Desamuduru est un très mauvais film. Pas besoin de tergiverser pendant des heures, le mal est fait dès la première demi-heure.
Mais alors, comment ce film a-t-il pu plaire à un public pourtant de plus en plus exigeant ? Le rythme totalement absent, le scénario digne d’un Oui-Oui en balade, la présence flasque de l’actrice Hansika , le charisme inexistant d’ Allu Arjun ou la perte de temps devant un si gros raté ?

Essayons de trouver d’autres explications alors... Voici les 4 hypothèses retenues après l’expérience de visionnage traumatisante subie à la vue de DesaMuduru.

Hypothèse n° 1/

La promotion centrée autour du nouveau look de l’acteur ( ?) Allu Arjun a sans douté joué en faveur du film pour susciter l’envie et la curiosité.
Allu Arjun est surnommé "Style Star" depuis plusieurs films grâce à ses facultés à rester classe, fashion et bien coiffé en toutes occasions (des pas de danse pour la chanson d’introduction à la bagarre finale contre le méchant).
Desamuduru ne fait pas exception. Les cheveux longs et sauvages, le regard rempli de kohl, notre Style Star avait tous les ingrédients pour rameuter les jeunes groupies d’Hyderabad.

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Même les moines trouvent qu’il a du ’Style’ !

Mais un élément essentiel a complètement changé la donne en matière de promotion.
Jamais la sauce tomate, censée représenter le sang de ses adversaires, n’aura été si fashion que sur le corps d’ Allu Arjun luisant déjà d’huile d’olive.
On pourrait presque le surnommer l’homme-sandwich tellement ses fans le trouvent à croquer. Pour couronner le tout, il nous sort le regard à la Jean-Claude Vandamme , assez énervé mais pas trop, pour ne pas faire apparaitre les rides du front.

Hypothèse n° 2/

L’autre facteur essentiel dans le succès du film, c’est la musique de Chakri . Le compositeur a totalement excellé en réalisant une BO très moderne, tout en puisant ses influences au Nord de l’Inde. Les chansons sont rapides et les rythmes fous font penser à des chansons punjabi. La mise en image de ces tubes avec Allu Arjun exécutant des pas de danse révolutionnaires (dixit la promo) a créé la folie auprès des jeunes.

Hypothèse n° 3/

Autre carte utilisée par l’équipe du film pour obtenir le succès, les paysages d’Himashal Pradesh. Des superbes montagnes, des champs à pertes de vue, des temples ont réellement été bien capturés par la photographie de Shyam K. Naidu .

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J’espère que j’aurai pas trop de boutons avec tout ce ketchup sur la tronche...

Hypothèse n° 3 bis/

Evidemment ce ne sont que des hypothèses pour expliquer le succès de ce film d’action qui pourrait avoir sa place aussi dans une autre catégorie : le comique.
En effet, la révélation du film est sans nul doute la comédienne Hansika , qui fait preuve d’un talent assez bluffant pour nous faire rire les 3/4 du film. Son regard dans le vide, sa façon de s’interroger pour savoir si on tourne vraiment un film, son inventivité pour faire des poses improbables et sa faculté à aligner quatre mots à la suite sans cligner de l’oeil sont autant de qualités artistiques qu’on a hâte de revoir dans le futur.

Hypothèse n° 4/

Autre idée révolutionnaire : se passer d’un scénariste. Et oui, le réalisateur va droit au but, fait une escale avec ses potes dans les montagnes d’Himachal Pradesh et ne peut s’empêcher de tourner deux ou trois clips. Son assistant lui suggère de remplir avec plusieurs autres scènes imaginées par la nouvelle stagiaire, et le tour est joué !
Il fallait y penser.

Les hypothèses ne sont guère concluantes et le mystère planera autour du succès de ce film pendant de longues années. Mais c’est sans doute Juri Pagannadh qui est le seul à avoir la réponse. Visiblement inspiré par les plus grands classiques de Chuck Norris et Jean-Claude Vandamme , le réalisateur fautif sait que le public d’Andhra est friand de ce genre film. Il lui reste à inviter Dolph Lundgren en guest-star dans son prochain film.

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Je crois que je vais devenir allergique au ketchup

FICHE TECHNIQUE :

Année : 2007
Pays : Inde (Telugu)
Réalisateur et scénariste : Puri Jagannadh
Interprètes : Allu Arjun, Hansika Motwani, ...
Musique : Chakri
Support : DVD KAD Entertainment, sous-titres anglais

Koodal Nagar (2007)

Il doit y avoir quelque chose dans l’eau à Madurai. Voyez plutôt : que ce soit dans Kaadhal, Veyyil ou Paruthi Veeran, toutes les histoires situées dans cette contrée rocailleuse et écrasée de soleil semblent tourner au drame le plus complet... Le film Koodal Nagar aussi se situe à Madurai, et confirme bien cette règle empirique...


Pourtant la première partie du film s’engage sur une voie bien plus légère. Il s’agit de romance, et même d’une double romance, car pour la première fois de sa carrière Bharat interprète dans Koodal Nagar un double rôle. Chacun des deux jumeaux qu’il incarne tombe amoureux. Mais les deux élues de leur cœur sont bien différentes.


Selvi (Sandhya) est une jeune fille modeste affublée d’un père ivrogne, tandis que Manimekalai (Bhavana) est la fille du puissant politicien véreux du coin. Quant aux deux personnages de Bharat, l’un est une sage bibliothécaire et l’autre un jeune voyou employé à la morgue locale. Deux histoires d’amour débutent donc et constituent la trame de l’intrigue initial. Les deux histoires sont d’ailleurs bien distinctes et on a parfois l’impression de suivre deux films en un. Mais quand les deux intrigues finissent par se rejoindre, c’est pour le pire, et le dramatique effet Madurai évoqué plus haut prend alors toute son ampleur !

Vous vous rappelez sans doute avoir croisé les couples Bharat/Sandhya et Bharat/Bhavana respectivement dans Kaadhal et Veyyil. Deux films au franc succès et deux drames forts réussis qui ont marqué les esprits. On s’attendait donc à ce que Koodal Nagar soit de la même veine. Même s’il est sans doute moins puissant que ses deux illustres prédécesseurs, Koodal Nagar n’en reste pas moins un drame rural réussi. Le réalisateur Cheenu Rangasamy tient parfaitement les rennes de l’histoire, dans ce qui est son premier film ! Attendons donc les prochaines réalisations du jeune metteur en scène pour voir s’il confirme cette bonne impression...


Une grande partie de la réussite du film tient aux acteurs. Encore une fois Bharat est magistral, tout aussi crédible en innocent bibliothécaire qu’en semi-vagabond enivré. Et surtout l’alchimie incroyable entre lui et Sandhya qui faisait le succès de Khaadal est totalement intacte. Quel plaisir de voir à nouveau évoluer le couple à l’écran ! Cerise sur le gâteau, les deux personnages qu’ils interprètent dans Koodal Nagar sont très différents de ceux de Kaadhal. Leur histoire est ici pleine de pep’s et d’entrain, une petite romance dans un milieu modeste, distillant humour et bonne humeur. Sandhya est tour à tour espiègle, adorable et touchante : un sans faute.


L’intrigue qui leur est consacrée s’avère bien plus captivante que celle du couple Bharat/ Bhavana, tellement plus conventionnelle : Bhavana est une fille de bonne famille dont le père possessif est prêt aux dernières extrémités pour se débarrasser de son prétendant, Bharat... Un faux-air de Veyyil donc, renforcé par le fait que Bhavana, même si elle reste relativement convaincante, nous ressort exactement le même jeu d’expression que dans Veyyil. Ce sentiment inévitable de déjà-vu limite malheureusement quelque peu l’intérêt de cette histoire. Heureusement la dernière partie, sombre et violente, gomme les disparités entre les deux sous-intrigues dans un final dramatique et poignant où chaque acteur tire son épingle du jeu.

Madurai, avec ses paysages secs et désespérés, est particulièrement photogénique, le directeur photo M.S. Prabhu en tire savamment profit et la ville est quasiment un personnage à part entière de Koodal Nagar. Le film comporte plusieurs passage chantés. Pas de titres technoïdes endiablés pour enflammer les dancefloors mais de belles chansons traditionnelles, en particulier la très douce Kaalgal Munnalae. Cependant l’intégration de ces scènes à la narration est parfois peu naturelle et coupe la progression de l’histoire.


Au final Koodal Nagar devrait vous plaire si vous avez apprécié Kaadhal et Veyyil. Mais c’est précisément cette proximité des trois films qui fait la faiblesse de l’œuvre de Cheenu Rangasamy : la comparaison est inévitable et pas toujours en faveur de Koodal Nagar. Néanmoins si vous êtes, comme moi, amateur de drames ruraux ou de Bharat et Sandhya, n’hésitez surtout pas à visionner ce film, dur mais touchant.

Fiche technique

Année : 2007
Pays : Inde (Tamil)
Réalisation : Cheenu Rangasamy
Scénario : Cheenu Rangasamy
Musique : Sabesh Murali
Interpretes : Bharath, Sandhya, Bhavana, Mhadevan, Indhu, Illavarasu...
Directeur de la Photographie : M.S. Prabhu
Producteur : Senthil Kumar, P.S. Ganesh
Support : DVD Ayngaran, Sous-titres anglais, accès direct aux chansons, Widescreen, All zones NTSC

Aithe (2OO3)

Aithe, c’est l’histoire d’un groupe de jeunes, tous ancrés dans la réalité de Hyderabad, qui ont un problème commun : le manque d’argent qui freine la réalisation de leurs projets. L’un veut partir étudier à l’étranger, l’autre veut monter son business, mais chacun de retrouve confronté aux difficultés imposées par le système et l’administration. Mais Aithe est aussi l’histoire d’un parrain de la mafia, recherché par les services secrets, qui souhaite quitter le pays pour se réfugier à Dubai. Pour cela, il a besoin d’engager un gang de 4 jeunes novices dans le banditisme, afin de faire diversion en détournant un avion de grande ligne.

L’histoire d’Aithe est vraiment originale. Le réalisateur Chandra Sekhar Yeleti s’est doté d’un scénario habile et réussit très vite à captiver le spectateur en rendant l’intrigue progressive. Le parallèle entre le quotidien des quatre jeunes et le plan machiavélique du parrain de la mafia pour s’échapper est très bien filmé et la première partie du film est tout simplement scotchante, voire brillante. Mais après un début vraiment convaincant, le film s’enlise quelque peu en deuxième partie. Tout d’abord des incohérences assez flagrantes font tâche dans un film qui se veut réaliste (on est loin des ambiances masala où tout est permis). Certaines scènes tournent à la farce, ce qui est amusant, mais qui décribilise quelque peu le propos du film. De même, la facilité avec laquelle les jeunes "novices" organisent leur plan est assez déroutante. De plus, le rythme est trop lent en seconde partie pour réellement captiver, et on peut lâcher prise facilement si on est un peu dissipé. Les rôles sont assez fouillés, mais les relations entre les personnages sont des fois traitées avec hâte.

Mais Aithe a de nombreuses qualités, et le fait de voir des nouveaux visages d’illustres inconnus jouer les têtes d’affiche est vraiment une bonne surprise. Les quatre héros et l’héroine sont des révélations de naturel et on aimerait les revoir. Seul l’un des héros, Shashank Sekhar (de la famille du réalisateur), a réussi à jouer dans plusieurs films, notamment Anukokunda Oka Roju et Sye. L’héroine, Sindhu Tolani, a elle aussi gouté d’autres fois au succès avec notamment Athanokkade et Pournami. Ce groupe de jeunes atteint le sommet du naturel dans la seule chanson du film, une véritable réussite visuelle, qui donne envie de chanter et d’être heureux. Finalement le film a été un tremplin pour le réalisateur, qui s’est fait un nom après le succès de Aithe. Anukokunda Oka Roju et Okkadunnadu ont reçu un bon accueil critique et public. Aithe est même sorti en version doublée hindi récemment sous le nom de 50 Lakhs. Mais tout ne serait pas aussi réussi sans le méchant de la partie. Le parrain de la mafia est interprété par l’acteur hindi Pawan Malhotra qui est doublé pour le film. Si l’on peut s’interroger sur le doublage assez suspect, sa prestation est sans failles et son charisme idéal pour ce genre de rôles. Habitué du théâtre, il a joué dans de nombreux films non commerciaux, et récemment a diversifié ses choix avec Black Friday, Andrudhu et Don. On l’aura compris, Aithe est une réussite dans l’ensemble. L’histoire, la réalisation et la sincérité des interprétations sont des atouts non négligeables qui compensent le manque de rythme et l’absence de stars.

Fiche Technique :
Année : 2003
Pays : Inde (Telugu)
Realisation : Eleti Chandra Sekhar
Acteurs : Sashank, Pawan Malhtora, Janardhan, Mohit, Abhishek, Narsing Yadav, Sivaji Raja & Sindhu Tolani
Scenario : Eleti Chandra Sekhar
Musique : Kalyani Malik
Producteur : Gangaraju Gunna
Support : dvd Kad, sous titres anglais

Pellaina Kothalo (2006)

Sorti fin 2006, le film Pellaina Kothalo a créé la surprise en obtenant un succès assez inattendu, et a ravi le public par sa fraîcheur et son traitement original.

Hari (Jagapathi Babu) et Laskmi (Priyamani) vont se marier. C’est un mariage arrangé, car suivant les critères de l’agence matrimoniale, ils correspondent parfaitement. Mais certains proches du couple vont semer le trouble dans les sentiments des nouveaux mariés, qui vont alors enchaîner les coups bas et se déchirer presque constamment, juste pour ne pas se faire dominer par l’autre. La guerre des sexes a commencé, notre couple de jeunes mariés y resistera-t-il ?

Cette comédie romantique est une bouffée d’air frais dans le flux de masalas telugu qui envahit les écrans d’Andhra Pradesh chaque année. Pas de héros super fort qui éclate tous les méchants du don du quartier, pas de combat à la machette ou d’amourette de dix minutes prétexte à ramener le public féminin. Ici on s’attarde sur les sentiments des protagonistes et sur les difficultés que peut avoir un tout jeune couple à occulter les influences de leur l’entourage.

Pellaina Kathalo entre dans le vif du sujet dès le début avec le mariage du couple Hari-Lakshmi dans le premier quart d’heure du film. On se dit alors que l’histoire nous promet des rebondissements les plus invraisemblables les uns que les autres, mais on se trompe car l’action va se passer dans l’intimité du couple et ce sont les interventions extérieures qui vont le façonner. On voit ainsi la vie après le mariage, sujet souvent peu abordé par le cinéma indien contemporain. On se souvient du film tamoul Alaypayuthey (et de son remake hindi Saathiya), mais le traitement est ici totalement différent. L’aspect social est moins présent et le réalisateur s’est vraiment plus orienté sur la comédie de moeurs et sur les rivalités de pouvoir à l’intérieur du couple. Le mâle dominant veut diriger le couple, mais la femme à forte tendance féministe ne veut pas se laisser faire et chacun joue des coups bas les plus mesquins pour avoir le dernier mot. Les ego de chacun vont se révéler, personne ne voudra céder.

Le sujet est traité de façon légère mais montre bien la difficulté pour une personne de trouver sa place au sein d’un couple, et surtout de maîtriser les influences négatives qui peuvent le menacer. La deuxième partie est aussi intéressante avec l’intervention des grand-parents de Hari pour aider le couple en pleine détresse. De nombreuses scènes fortes viennent émailler l’ensemble, avec des références à la mythologie, ce qui permet de se souvenir du film longtemps après l’avoir vu.
En revanche, les scènes de comédie ne sont pas toutes à la hauteur. Quelques unes se révèlent sympathiques au début mais, comme dans de nombreuses productions telugu, le comique de répétition est légion et le quota comique bien trop élevé alourdit le film et ralentit l’histoire.

L’acteur Jagapathi Babu et l’actrice Priyamani forment un couple irrésistible. La complicité entre la jeune actrice et l’acteur expérimenté transpire à l’écran, que ce soit dans les moments romantiques ou dans les nombreuses scènes de rivalité. Une vraie performance pour la comédienne qui plus tard a mis tout le monde d’accord avec son rôle dans Paruthi Veeran. Jagapathi Babu est comme toujours juste et impeccable. D’ailleurs, ces rôles de gendre idéal lui ont toujours réussi et font fureur auprès du public telugu.

Dans les nombreux personnages secondaires on retiendra les grand-parents de Hari (Kota et Geetanjali) qui forment un couple attachant et plein de vie. Les trublions Krishna Bhagawan et Jhansi sont plutôt convaincants mais le reste du casting fait son job sans être réellement brillant.

L’ensemble est techniquement à la hauteur. La photographie impeccable s’illustre notamment lors des clips tournés à l’Ile Maurice qui sont un délice pour les yeux. On retiendra aussi une musique agréable et très variée. Alternant la douceur (Chelivo), les boites à rythme (Harilo Ranga Hari), la salsa (Salsa Samba), le romantisme (Siri Siri Muvvalle) ou la tradition durant le clip mythologique Manasu Kannu, chaque chanson s’inscrit dans l’esprit du film.

Pellaina Kothalo est donc un divertissement familial de qualité, qui mise sur un tandem Jagapathi-Priyamani détonnant pour nous offrir une comédie romantique piquante.
Si vous avez l’occasion de le voir, ne le manquez pas, car vous passeriez à côté d’un bon moment qu’il est de plus en plus rare de voir dans le cinéma telugu.

FICHE TECHNIQUE :

Année : 2006
Pays : Inde (telugu)
Réalisation : Madan
Acteurs : Jagapati Babu, Priyamani, Astha Singhal, Raju Sundaram, Kota, Brahmanandam, Dharmavarapu, Ali, Sunil, MS Narayana, Krishna Bhagawan, Venu Madhav, Giribabu, Kovai Sarala, Jhansi, Sandesh, Madhu, Hema, Rajitha et Geetanjali
Musique : Agashtya
Producteur : Madan
Support : DVD KAD Entertainment, sous-titres anglais

Ranam (2007)

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Tu peux faire une guerre psychologique ?

Le masala telugu est vraiment un genre à part qui nous donne l’occasion de voir moult films basés sur une histoire similaire et visiblement recyclable jusqu’à l’infini. Ranam en fait partie, on en connaît tous les rebondissements si l’on a vu quelques masalas auparavant. Quoi de neuf à l’horizon et pourquoi une review à consacrer à un énième ersatz d’un genre déjà arrivé à saturation ? La raison principale est le traitement différent que le scénariste propose de la relation conflictuelle entre le héros et le vilain méchant.

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Dans la famille du Don du quartier, je voudrais la fille

On a habituellement droit à des combats interminables chorégraphiés très souvent de la même manière et utilisant des câbles sensés retranscrire la puissance des coups par la projection des adversaires à 10 mètres. Si Ranam comporte quelques scènes de ce genre, elles sont beaucoup moins nombreuses que dans la majorité des autres productions. Car c’est par une guerre psychologique que le combat va se matérialiser. En effet, le héros du film, Chinna (T. Gopichand), va jouer au jeu du chat et de la souris avec le chef de la mafia du secteur, Bhagawati (Biju Menon). En le provoquant et en le ridiculisant par des stratégies habiles, il va éviter de prendre les armes et arrivera à ses fins de manière non conventionnelle. En cela, il rappelle le film chroniqué récemment, Thiruvilaiyadal Aarambam, dans lequel Dhanush provoquait son ennemi par d’ingénieux subterfuges.

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Tu penses à la même chose que moi ? - Rascal !

La ressemblance ne s’arrête pas là puisque l’ennemi avec lequel il s’amuse est bien évidemment le frère de Maheswari (Kamna Jethmalani), la jeune femme qu’il convoite. On a donc droit à plusieurs scènes où les quiproquos s’enchaînent au sein même du quartier général du méchant en compagnie de sa famille. Quelques scènes d’action viennent dynamiser une intrigue somme toute très mince. L’ensemble du film est vraiment orienté vers la comédie mais on peut remarquer que les enchaînements humoristiques sont moins lourds que dans la plupart des productions telugus.

A part cette petite originalité, le reste est vraiment standard, mais de bonne facture. Un niveau technique très correct et une réalisation plutôt soignée permettent au film de sortir du lot. On soulignera la très bonne performance de T.Gopichand qui, par son sens de la comédie et sa capacité à rester naturel, rend le personnage sympathique. Après avoir joué des méchants traumatisants dans Jayam, Nijam ou Varsham, l’acteur prouve ici qu’il peut ne pas rester cantonné à ce type de rôles. Si ses pas de danse ne deviendront pas une référence, il se rattrape dans les scènes de combat où il excelle. L’actrice débutante Kamna Jethmalani est une bonne surprise. Si elle a peu d’arguments pour devenir Miss India, elle maîtrise son personnage en restant simple et en évitant d’en faire trop. Elle s’est d’ailleurs fait remarquer plus tard dans le film tamoul Machakkaran aux côtés de Jeevan. Le méchant de la partie est surprenant. Jusqu’alors peu vu dans les films tamouls ou telugus (Thambi ou Majaa en tamoul), cet acteur du cinéma malayalam est totalement en adéquation avec l’esprit du film. Il réussit à la fois à assumer un rôle de personnage cruel et belliqueux, et en même temps paraît désemparé face à la ruse de Chinna.

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T’as vu Varsham ?

Au niveau musical, Mani Sharma nous gratifie d’une bonne cuvée. Inspirées fortement par les rythmes et les mélodies du Nord, les chansons s’inscrivent très bien dans le tempo du film. Elles sont notamment l’occasion de rendre hommage à la séquence sous la pluie de Varsham, l’occasion aussi de présenter le héros dans la dernière partie du film (alors qu’habituellement, la chanson qui introduit le héros se situe au début du film). A noter la présence d’une chanson de situation, dans laquelle le comédien Ali (que l’on peut apercevoir dans tous les films telugus) met en scène de façon réussie et amusante ses déboires pour conquérir les filles.

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Un méchant si impitoyable ?

Au final, Ranam est un bon petit masala, qui permet d’assister à une confrontation non conventionnelle basée sur l’esprit et pas sur les poings. De plus les clips réussis et les interprétations adéquates permettent de maintenir l’intérêt d’un film très classique mais traité de manière rafraîchissante.

FICHE TECHNIQUE :

Année : 2006

Pays : Inde (telugu)

Réalisation et Scénario : Amma Raja Sekhar

Interprètes : T.Gopichand, Kamna Jethmalani, Biju Menon..

Musique : Mani Sharma

Support : DVD KAD Entertainment, sous-titres anglais

Aadavari Matalaku Ardhalu Verule (2007)

Après avoir surpris le public tamoul avec ses films Kadhal Konden, 7G Rainbow Colony ou Pudhupettai, dans des genres plutôt sombres, le réalisateur Selva Raghavan a entrepris la conquête du public telugu avec une comédie romantique.

Aadari Matalaku Ardhalu Verule (qu’on pourrait traduire en français par Les mots d’une femme ont plusieurs sens) nous montre comment la communication entre deux personnes peut être difficile, et comment les non-dits peuvent avoir des conséquences très importantes sur leur vie. Ganesh (Venkatesh) est un bon à rien. Risée de sa famille et du quartier, ce célibataire de 30 ans n’a jamais trouvé de travail. Pourtant, un jour, il se retrouve employé dans une multinationale. Sa supérieure n’est autre que Keerthi (Trisha), une jeune femme très belle, indépendante et fière. Prête à tout pour arriver à ses fins, elle va être à l’origine d’un grand traumatisme dans la vie de Ganesh.

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Je suis le roi de la bière !!!

Les comédies romantiques pures ne sont pas légion dans le cinéma telugu. Récemment on se souvient de Nuvvostanante Nenoddantana et Bommarillu, toutes deux très réussies car bourrées de sentiments, élément qui fait cruellement défaut dans le cinéma telugu moderne. En effet, les errances romantiques des héros sont souvent noyées au milieu d’un masala d’action. Adavari Matalaku Ardhalu Verule est ainsi une bouffée d’air frais dans le paysage cinématographique telugu, voire indien. Les sentiments dégagés par les interprètes du film y sont particulièrement sobres : pas de surjeu, pas de drame exacerbé, mais des situations assez plausibles, et des réactions très dignes. On appréciera donc cette retenue, peu fréquente dans les films indiens.

Si Selva Raghavan a toujours su manier les sentiments de ses personnages, il avait pour l’instant utilisé son talent pour amener ceux-ci dans des situations dramatiques, poussées à l’extrême (Kadhal Konden, 7G Rainbow Colony ). Il opère un virage à 140° en proposant une romance pleine de légèreté. Pourquoi pas 180° me direz-vous ? Tout simplement parce que notre réalisateur tamoul aime aussi quand on pleure, et le prouve notamment avec la scène précédant l’entracte.

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Le couple qui fait plaisir

La première partie est très plaisante, avec pas mal de comédie et une présentation des personnages dynamique. Mais la surprise vient de la deuxième partie du film, supérieure à la première grâce à une charge en émotions très forte. Habituellement, on s’ennuie quelque peu après l’intervalle, mais dans AMAV, c’est le contraire, on est captivé par l’histoire, qui devient de plus en plus intéressante. Le réalisateur, auteur également du script, a privilégié une progression dans le film, plutôt que de se concentrer sur la première partie comme c’est souvent le cas. Et si la comédie romantique domine, de nombreuses scènes relèvent du drame familial, ce qui amène le spectateur à mettre à contribution son paquet de mouchoirs.

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Un grand-père intransigeant

Le scénario est bon, la réalisation aussi, mais ce sont également les performances des acteurs principaux qui contribuent à faire d’ AMAV un joli film. Elles sont en effet homogènes et supérieures à la moyenne, et les comédiens apportent assez d’énergie et de sincérité à leur jeu pour rendre crédibles et attachants leurs personnages. Venkatesh est une très agréable surprise. Malgré d’énormes préjugés de ma part sur cet acteur (son look et ses interventions dans certains passages de films), il m’a bluffé, car il est ici excellent dans les scènes comiques, et très naturel dans les scènes plus romantiques ou même dramatiques. Son personnage est très bien écrit, il est d’ailleurs largement plus à l’aise dans ce type de rôle que dans un masala basique (Thulasi, Lakshmi).

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Je me la pète au bureau

Quant à Trisha, elle s’est vu enfin offrir un rôle consistant ! Habituellement engagée par les producteurs tamouls et telugus pour apporter la dose de glamour nécessaire à tout bon masala qui se respecte (Aathi, Thirupatchi), elle opère un changement radical dans sa filmographie. Ses scènes, presque aussi nombreuses que celles de son collègue Venkatesh, lui permettent de nous faire découvrir des facettes jusqu’alors cachées de son talent de comédienne. Impitoyable et sévère au début du film, elle devient douce et subtile par la suite. Espérons que les producteurs accorderont à l’avenir plus de place à son potentiel comique et dramatique. Comme souvent, l’acteur Kota Srinivasa Rao, qui incarne le père de Ganesh, nous impressionne par sa prestation. Les relations conflictuelles mais pleines de tendresse et de pudeur entre le père et le fils sont vraiment l’une des grandes qualités de la première partie du film. Le reste du casting est tout simplement parfait. Tous bien dirigés par Selva, les comédiens concourent à capter l’attention du spectateur quelle que soit la scène.

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Oublier les mots qui font mal

La musique joue également un rôle important dans la réussite du film. Si les mélodies de Yuvan ne sont pas toutes fantastiques à l’écoute du disque, elles rendent en revanche très bien dans le film. Cela nous donne l’occasion de voir des clips romantiques, ou d’autres plus ancrés dans la progression de l’histoire. Succès inattendu du printemps 2007 en Andhra Pradesh, cette comédie romantique aura marqué l’année par sa fraîcheur et sa sincérité. Elle aura contribué, aux côtés de Yamadonga et Happy Days, à sauver une année cinématographique telugu médiocre. AMAV aura également permis à Venkatesh de s’imposer comme l’acteur familial par excellence, et à Trisha de se révéler dans un rôle consistant. A noter que le film a fait l’objet d’un remake tamoul, Yaaradi Nee Mohini, que Selva Raghavan a produit mais pas réalisé.

FICHE TECHNIQUE :

Année : 2007
Pays : Inde (telugu)
Réalisation et Scénario : Selva Raghavan
Interprètes : Venkatesh, Trisha, Sreeram, Kota, K Viswanath, Sunil..
Musique : Yuvan Shankar Raja
Support : DVD KAD Entertainment, sous-titres anglais